HOMMAGE

On remémore leur nom encore et toujours… Trois noms appartenant, presque, à trois générations. Chacun à sa manière et selon son approche et son département, a enrichi la cinémathèque Tunisienne. L’autodidacte Omar Khlifi a donné à la Tunisie indépendante son premier long métrage… Taeib Louhichi se distingue par une œuvre poétique marquée d’une empreinte sociologique. Quant à Ali Ben Abdallah, il est parmi les rares qui ont maitrisé le rapport à la lumière. Une maitrise digne d’un vrai directeur de photos.

Nous nous rappellerons de ce qu’ils ont donné au cinéma national. Chacun d’eux a bercé, à sa manière, notre imaginaire collectif.

Pourquoi Omar Amiralay

Parce que c’est un cas unique. La seule personne, le seul cinéaste dans la région qui a consacré 40 ans de sa vie au cinéma documentaire.

Parce que c’est un maître. Un maître suspendu. Un maître clandestin et presque virtuel. Un maître fantôme. Il a toujours, et dès le début, influencé le paysage du documentaire dans la région en restant loin et distant. C’est le bruit de ses films arrivant de loin qui l’a fait connaître et non pas les projections ou le contact direct avec le public, ce public fasciné par le personnage et par ce qu’il a entendu à son propos, mais méconnaissant complètement ses films jusqu’à il y a quelques années.
C’est un voyageur dans le temps. Il se déplace sans arrêt entre le passé et le futur en transitant à travers le présent.

C’est un artisan du cinéma. Il est passionné par la nouvelle technologie mais il continue à fabriquer ses films avec les moyens du bord.
C’est un combattant mais caché derrière une citadelle de l’époque des croisades.
Un grand « calculateur »qui sait bien quand et comment se jeter dans l’aventure.
C’est un fabricant de masques à son service destiné à sa propre image. Sont rares ceux qui ont pu décrypter son vrai visage : le côté timide, pudique face au côté cynique, provocateur.

C’est une tresse très fine entre l’homme oriental qui se réclame même Ottoman et l’homme moderne à l’esprit très ouvert. Un mixage entre la sobriété, la rigueur d’une part et l’attachement au confort, au luxe et à la liberté sociale occidentale.

Omar Amiralay nous a quittés en portant au fond de lui un enfant qui n’a jamais réussi à couper le cordon ombilical et en portant aussi toutes les ambitions et tous les espoirs non réalisés autour de la liberté et la justice.

1- La Vie quotidienne dans un village syrien, 1974, 85′

Conception : Omar Amiralay, Saadallah Wannous
Le film dévoile le contraste violent entre le discours officiel sur la réforme agraire et la réalité des paysans abandonnés face aux propriétaires féodaux.

2- Il y a tant de choses encore à raconter, 1997, 50′

1997, vidéo, couleur
Le grand dramaturge Saadallah Wannous, ami et coauteur du cinéaste, se meurt, épuisé par un cancer qui, dit-il, s’est déclaré pendant la guerre du Golfe. Dans le silence d’une chambre d’hôpital, les images du passé semblent encore hanter cet homme malade de la « cause arabe », dont la parole sombre et implacable exprime les désillusions et le sentiment d’échec de toute une génération.

3- Déluge au pays du baas 2003

Autour du Lac Assad s’étend un pays : la Syrie de Hafez el Assad. De cette Syrie nouvelle, le réalisateur Omar Amiralay a choisi un village. Ce village, ses habitants, et jusqu’à son point d’eau, portent tous le même nom, El Machi. Gouvernée par un chef de tribu, membre du Parlement, et régentée par son neveu, directeur de l’école et responsable du parti, cette entité El Machienne est à l’image d’un pays que le parti Baas façonne depuis quarante ans, sans partage. Le film montre le fonctionnement d’un système où la langue de bois idéologique accompagne le citoyen depuis le banc de l’école jusqu’à l’âge adulte.

4- Par un jour de violence ordinaire, mon ami Michel Seurat…, 1996, 50′

Conception : Omar Amiralay, Mohamed Malas
Le 22 mai 1985, Jean-Paul Kaufman et Michel Seurat sont enlevés par le Djihad islamique sur la route de l’aéroport de Beyrouth. Seurat meurt après neuf mois de séquestration. Les voix de sa compagne et de son ami, quelques objets, un clair-obscur : la figure absente de cet homme passionné d’Orient est au centre des mots et des rares documents.

Texte de Hala Alabdalla

Omar Khlifi

Autodidacte, il tourne dès le début des années 1960 une douzaine de courts et moyens métrages. En 1966, il réalise le premier long métrage de l’histoire du cinéma tunisien après l’indépendance : L’Aube (35 mm en noir et blanc).

Khlifi est un membre actif du mouvement tunisien des cinéastes amateurs (MTCA). Grand pionnier du cinéma d’Afrique du Nord, il publie en 1970 un livre sur les origines du cinéma tunisien qu’il intitule L’histoire du cinéma en Tunisie (1896-1970)publié à la Société tunisienne de diffusion de Tunis. Il est aussi le fondateur de la société Films Omar Khlifi en 1960 avec laquelle il tourne trois de ses films : Le Défi, Les Fellagas et Sourakh (Hurlements).

Il meurt le 30 décembre 2017.

Ali Ben Abdallah

Ali Ben Abdallah nous a quitté le 21 Mai 2017. Il est né le 28 avril 1963 à Sousse. Ses études primaires et secondaires ont eu lieu à Monastir où il rejoint, à l’âge de 13 ans, le club des cinéastes amateurs.

Ses études devaient normalement le conduire vers une carrière dans l’industrie pétrolière mais à l’âge de vingt ans, il réussit un concours d’admission à la télévision tunisienne en tant que caméraman. Il passe alors deux ans de formation à l’Ecole des PTT sous la direction du directeur photo Youssef Ben Youssef et de Abdelaziz Frikha ainsi que des formateurs français de l’INA.

A partir de 1982, il travaille comme opérateur dans des émissions sportives, culturelles et des magazines comme celui réalisé par Ahmed Harzallah sur le patrimoine musical populaire. Il travaille également sous la direction de Abderrazek Hammami dans la série policière «Cherche avec nous» (Ibhath Maâna). Il filme les matchs de football et plusieurs émissions dont «Passeport de voyage» présenté par Habib Gheribi. Il est cadreur dans la célèbre variété présentée par feu Néjib El Khattab : «Si vous le permettez.

Suite à un désaccord avec la direction de la Télévision dû à ses activités syndicales, Ali Ben Abdallah quitte en 1989 la Télévision pour rejoindre Abdellatif Ben Ammar à Ben Duran Productions en tant qu’opérateur attitré et prend part à des films institutionnels, des films publicitaires, des films documentaires ainsi que certaines productions pour la télévision nationale.

Quant au cinéma, il est cadreur sur «Le chant de la Noria», long métrage de Abdellatif Ben Ammar avant de participer également à la série de téléfilms «Des pas sur les nuages» (Khouta fawka essahab) du même réalisateur.

En 2001, il est cadreur sur le film de Mohamed Zran «Le prince» dont la direction de la photo est confiée à Tarak Ben Abdallah. Il assiste le directeur photo Ahmed Benniys sur le film «La Télé Arrive» de Moncef Dhouib. En tant que chef opérateur, il a à son actif le documentaire «Elloud» de Arbi Ben Ali et le téléfilm «Fille de Kiosque» de Khaled Barsaoui. Il est directeur photo sur «Junoun» de Fadhel Jaïbi, «Le rendez-vous» court-métrage de Sarra Abidi, «Boutellis», court-métrage de Nasredine Shili et «Thalathoun» (Trente) de Fadhel Jaziri. En 2008, il crée avec sa femme S. Abidi, sa propre boîte de production. Après le film «Khousouf» de Fadhel El Jaziri, il signera sa dernière photo avec le film «Benzine» de Sarra Abidi.

Taieb Louhichi

Taïeb Louhichi est un réalisateur Tunisien, né le 16 Juin 1948 à Mareth.
Après des études de lettres et de sociologie soldées par un doctorat, il s’est tourné vers le cinéma et a suivi une formation à l’Institut de Formation Cinématographique et à l’École de Vaugirard de Paris.

Il a tourné plusieurs courts métrages parmi lesquels figurent « Mon village, un village parmi tant d’autres », lauréat du Tanit d’or aux Journées cinématographiques de Carthage de 1972, « El Khammès » (Le Métayer), primé dans de nombreux festivals en 1976 et « Carthage, an 12 ».

En 1982, son premier long métrage, « L’Ombre de la terre », reçoit plusieurs prix dont le prix du meilleur scénario et la Manivelle d’or au Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou ; il est également primé à la Semaine de la critique à Cannes. En 1987, il tourne « Gorée, l’ile du grand-père » suivi en 1989 par « Layla, ma raison » qui est sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise et obtient en 1991 le Prix du public au premier Festival du cinéma africain de Milan.

En 1998, il a tourné son troisième long métrage de fiction « Noces de lune » suivi par « La danse du vent » en 2003, le documentaire « Les gens de l’étincelle » sur les protagonistes de la révolution en 2011 et un long métrage « L’enfant du soleil » en 2013. Son dernier long métrage, « La Rumeur de l’eau », sort en salles en Tunisie, à titre posthume, le 2 Mars 2018.

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