EDITO

Mahmoud Jemni

Le report de la date du Festival fait suite au Colloque « Engineering des Festivals », organisé en septembre 2017. Ce choix, mûrement réfléchi, nous a permis de nous replacer sur un échiquier plus propice à notre manifestation. L’étude de la carte des festivals de cinéma, tant au niveau du monde arabe qu’au niveau de la Tunisie, confirme la pertinence de cette décision. Désormais, nous avons plus de visibilité et de liberté.

Cette nouvelle date, en cette période de l’année, nous met à l’aise : nous sommes libérés de la concurrence que nous avons connue du fait que, par le passé, nous précédions d’éminents festivals du sud, tels les JCC, le Caire et Dubaï. L’équipe dirigeante s’est engagée à ne pas imiter ni reproduire ces grands festivals, les œuvres sélectionnées obéissant uniquement aux critères de choix de l’équipe artistique. Le festivalier s’en rendra compte, et ce à travers un ensemble de films d’auteur qui n’ont pas participé à des festivals dans la région.

Cette édition sera marquée par une nouvelle orientation : s’ouvrir sur la Rive Nord. Les deux rives nord et sud de la Méditerranée ont connu des rapports contradictoires au cours de leur histoire commune. Il y a eu des heurs et des malheurs, de l’acceptation et du rejet, de l’ouverture et de l’enfermement. Nous voulons par cette ouverture faire de la Méditerranée un vrai trait d’union, une passerelle permettant d’aller vers l’Autre, sans visa ni frontières. Seule la Culture, et en l’occurrence l’image, est apte à assumer cette fonction. Nos cinéphiles auront le plaisir de goûter à une panoplie de films réalisés par nos amis européens. Néanmoins, et compte tenu des conditions de production des deux rives, ces films ne concourront pas à la consécration suprême du Festival. Cette orientation entraîne un changement de l’intitulé du Festival, qui est, désormais, baptisé : Gabes Film Festival.

Nous avons reconduit et amélioré nos habituelles sections : le colloque, les ateliers, l’exposition, la leçon de cinéma, assurée cette année par la star Khaled Abonaga, les hommages avec un retour particulier vers Omar Amiralay.

Pour être cohérents avec notre détermination à encadrer les jeunes, nous avons créé un atelier « Création numérique » et donné à l’écriture de scénario une place prépondérante. Un appel à scénario a été lancé à tous les étudiants en cinéma dans le monde arabe, sans restriction de langue ni de genre : dix candidats ont été retenus pour participer à une résidence d’écriture. Deux spécialistes, un Belge et un Egyptien, dirigeront cette Résidence. Les deux finalistes seront récompensés par un prix discerné par TV5MONDE : Caméra jeune. Ils poursuivront leur aventure comme observateurs avec Sud Ecriture. Par ce choix, nous voulons donner à notre Festival un caractère spécifique. Tout repose sur le scénario, un bon départ garantira un bon atterrissage.

Cette Edition est le fruit de la collaboration constructive entre la Présidente d’Honneur, nos mécènes et l’équipe dirigeante. Les efforts conjugués des éléments de ce triangle relationnel ont abouti à des résultats qu’on laissera le soin aux autres de juger. Mais nous ne pouvons qu’être fiers de voir une salle de cinéma ouvrir ses portes lors de cette Edition. Ce lieu changera le paysage culturel de la ville et donnera au Festival une autre ampleur.

Vive le cinéma, élément rassembleur et facteur de prise de conscience.

Hend Sabri

Chers amis et alliés du Gabes Film Festival,

Nous sommes au rendez-vous pour notre troisième édition, celle des promesses tenues.

Il y a trois ans, nous avions promis d’allumer une bougie qui contribuerait à éclairer le sud tunisien d’une lumière d’art et de culture. Et nous voici aujourd’hui, à l’aube d’une troisième
Edition -phare, avec une programmation artistique unique et une compétition sélective, mais aussi des ateliers artistiques et techniques adaptés au dynamisme de la ville estudiantine qu’est gabes, et une couverture médiatique positive pour la région.

N’oublions‭ pas la plus belle des promesses tenues, la plus chère à mon cœur : le début des travaux de la première salle de cinéma à gabes depuis les années 70, l’agora gabes.‬

Nous fêtons lors de cette édition cette nouvelle « salle obscure » qui éclairera non seulement notre festival, mais aussi a longueur d’année la voie de beaucoup de jeunes, d’enfants, et de tous les amateurs de dialogue culturel et d’ouverture d’esprit et d’horizons.
Désormais, notre combat pour les prochaines éditions sera d’éclairer toutes les villes du sud tunisien de cette même lumière cinématographique. Pour que les phares remplissent notre désert
Magique !

Bon festival à tous !

Un regard sur Gabes

Une épaule, épuisée par le port de la caméra, m’interpelle : « où allons-nous atterrir » ? Je réplique : « dans une contrée où les pieds des femmes sont embellis par le henné ». A l’instar d’une mariée, la ville s’est vêtue d’une magnifique robe tissée d’arbres variés. La lumière du soleil égrène, à travers les feuilles, un immense amour…

Ce paradis, Gabès, dénommé le Petit Damas, est aussi le bien-aimé de la mer. Cette dernière donne vie à la ville et entoure son cou d’un golfe qui, depuis l’éternité, à l’instar de Shahrazade, multiplie les récits…

Une reine entourée de sa cour : Matmata et Toujane, depuis leurs montagnes, font le serment d’être sources intarissables d’amour et de quiétude, attirant de belles âmes qui portent des bouquets splendides et chantent de magnifiques mélodies. L’incontournable El Hamma, Mareth la douce, Gannouch la cadette et les belles Oudref, Metoya et Chenini constituent, chacune à sa façon, un rempart autour de la cour de la bien-aimée.

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